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Au soir du premier tour, nombre d'entre nous pensaient la victoire d'Emmanuel Macron assurée. Ils n'imaginaient donc pas se déplacer pour le second tour. Or force est de constater aujourd'hui qu'il existe un véritable risque que ce ne soit pas le cas à cause de l'irresponsabilité du candidat d'En marche qui multiplie les bourdes face à Marine Le Pen que nous considérons comme un véritable danger pour la démocratie: Whirlpool qualifié d'anecdote par Jacques Attali, Laurence Parisot pressentie pour le poste de premier ministre, indécis du second tour qualifiés de "somnambules du XXIème siècle". 

Un autre élément d'inquiétude est venu s'ajouter à cette situation déjà problématique: les électeurs de Fillon issus du parti "Les Républicains" ne semblent pas si républicains que ça car presque la moitié d'entre eux paraît vouloir voter pour Marine Le Pen plutôt que pour un candidat de droite classique comme Macron.

Nous partageons tous l'idée qu'un front républicain ne se décrète pas mais qu'il se construit et qu'il aurait été judicieux pour aller dans ce sens qu'Emmanuel Macron propose des mesures intelligentes comme la suppression de la réforme du Code du travail par ordonnances. Mais c'est visiblement trop demander à un candidat qui est de plus en plus habité par on ne sait trop quoi.

Nous nous posons donc tous la question suivante: Faut-il voter pour Emmanuel Macron justement parce qu'il est trop nul et que cette nullité aveugle risque de nous conduire à la tragédie? AEAG n'hésite pas à répondre oui à cette question après plusieurs jours de réflexion car nous ne pouvons laisser parvenir au pouvoir un parti politique xénophobe dont le président accrédite des thèses négationnistes.

Cependant, nous souhaitons interroger nos lecteurs à ce sujet par le sondage ci-dessous. Cette démarche a pour but de mettre en évidence l'existence d'un type de vote ignoré jusqu'ici des sociologues: le soutien de nullité.

 

 

Dans son programme de 2007, Jean-Marie Le Pen proposait à toute personne gagnant moins de 1500 euros par mois une revalorisation de son salaire de 200 euros grâce à une baisse des cotisations sociales comme le montre la capture d'écran ci-dessous.

L'objectif de cette mesure était de présenter la destruction de la Sécurité sociale et de son mode de financement comme un gain de pouvoir d'achat pour les catégories les plus fragiles que la famille Le Pen cherchait à tromper. Il n'est pas très étonnant qu'un candidat populiste utilise ce genre d'arguments. Pointer du doigt les inégalités sociales n'aurait pas été conforme aux intérêts du Front National qui a toujours tenu un double discours faussement social afin de cacher son parti pris pour les plus riches d'entre nous. C'est ainsi que Jean-Marie Le Pen et sa fille n'ont cessé de se proclamer ni de droite ni de gauche tout en étant vraiment d'extrême droite.

Marine Le Pen a aujourd'hui abandonné cette mesure pour d'autres fausses promesses dont les ficelles sont moins évidentes mais dont les conséquences sont tout aussi néfastes. Cependant, cette mesure a été reprise par un autre candidat à la présidentielle qui se prétend lui-aussi ni de droite ni de gauche: Emmanuel Macron.

Il a en effet déclaré au micro de Jean-Jacques Bourdin en décembre 2016: « Il faut diminuer l’écart entre le salaire brut et le salaire net. Je veux donc supprimer les cotisations maladie et chômage que paye le salarié. Pour un couple au Smic aujourd’hui, cela fera 500 euros de plus par an.»

Nous sommes là face à un paradoxe car Emmanuel Macron prétend combattre le FN mais reprend sa rhétorique sur le plan économique et parfois politique. Cette contradiction rend le candidat fragile en cas de second tour face à Marine Le Pen et doit nécessairement interroger les électeurs qui prétendent que le vote Macron est un vote utile.

Certains feront remarquer que ce n'est sans doute pas la seule contradiction qui existe dans son programme. Sa position sur la question de la laïcité pose aussi problème: elle consiste à se dire laïque tout en prétendant dans le journal Marianne que les lois de la religion peuvent être considérées comme supérieures aux lois de la République et en laissant son mouvement entretenir des relations troubles avec le communautarisme religieux (voir l'affaire Mohammed Saou).

Tout cela confirme un vieil adage politique: quand on n'a pas de projet social pour les classes populaires, il est toujours plus facile de flatter le repli identitaire pour obtenir des voix. Marine Le Pen ne fait-elle pas exactement la même chose avec l'électorat rural?

 

 

En tant que militants du quotidien, nous sommes scandalisés par le degré et le niveau de l'information fournie par de nombreux médias mainstream sur les primaires de gauche et les candidats déclarés. Nous n'avons rien à envier de ce point de vue au niveau pathétique de certains médias américains à l'occasion de l'élection de Donald Trump.

A aucun moment les médias n'ont traité avec le même mépris teinté de condescendance les primaires de la droite. Plutôt que de mener une enquête raisonnée sur la différence des projets, tout se passe comme si une grande majorité de médias hexagonaux publiait des articles ayant avant tout pour objectif de faire le buzz sur les réseaux sociaux. Pour cela, ils ont choisi d'avoir recours à une mise en scène que l'écrivain Roland Barthes qualifiait en son temps de match de catch.

Ainsi, on ne compte plus les éditoriaux qui présentent ces primaires comme une guerre des égos. Pour des raisons difficiles à comprendre, le nombre de candidats de la primaire de gauche ne devrait pas excéder le nombre de candidats à la primaire de droite pour être crédible. Bizarrement, cela n'empêche pas les mêmes médias de s'attaquer au premier secrétaire du Parti socialiste quand il tente d'en réduire leur nombre pour de mauvaises raisons.

Aucun média ne pense a contrario à montrer le dévouement des militants du quotidien qui organisent bénévolement cette primaire. On pourrait même parler d'une sorte de mépris pour ce travail qui est pourtant le sel de la politique. Cela ne correspond sans doute pas au contexte d'hystérie médiatique que cherchent à susciter certains médias. Il a ses règles, ses sujets et ses victimes.

La principale tête de turc de ce jeu de massacre est actuellement Arnaud Montebourg. Il faut croire que certains médias ne voient pas d'un bon oeil l'idée d'un changement de cap économique... Il faut croire d'autre part qu'il ne possède pas d'aussi bonnes relations avec l'establishment politico-médiatique que de nombreux candidats.

Depuis sa déclaration de candidature cet été, les attaques ad hominem ne cessent en effet de pleuvoir et renvoient bizarrement souvent aux mêmes sources.

Le travail de sape a commencé avec les accusations de mauvaise foi portée à l'encontre du candidat du "Made in France". Ainsi chacun de ses produits de campagne, de son site internet à son livre programme, a été épluché avec la même mauvaise foi pour démontrer que tout n'avait pas pu être fabriqué par des entreprises françaises sur le territoire national. Une telle situation aurait pu être portée au crédit du candidat qui considère qu'une solution dans ce domaine ne peut être que politique. Il était beaucoup plus facile de faire le buzz en taxant Arnaud Montebourg d'hypocrisie et en évitant de s'intéresser au contenu de ce livre!

Mais l'acharnement médiatique ne s'arrête pas là. Montebourg n'est pas seulement accusé de duplicité, il est aussi décrit comme sexiste par certains médias pour des raisons loufoques. Ainsi, il suffit qu'il oublie d'invectiver une journaliste avec l'ensemble de ses contradicteurs qui ne la laissaient pourtant pas parler pour qu'il soit présenté comme un horrible macho.

Enfin, le cynisme de certains est poussé à son comble lorsqu'ils s'attaquent à l'identité intime du candidat sans aucun respect. Arnaud Montebourg en homme moderne a les larmes aux yeux en évoquant la naissance de sa fille ou parle avec franchise de ses deux grands-pères, l'un appelé en Algérie et l'autre militant indépendantiste: il semble évident qu'il racole. Pense-t-on aux conséquences humaines de ses actes lorsqu'on présente l'identité d'un homme comme une imposture? Cela est fort peu probable et certains proches de Manuel Valls n'ont aucun mal à tomber encore plus bas en accusant Arnaud Montebourg d'être alcoolique.

Hypocrite, sexiste, racoleur et alcoolique? Est-ce tout? Ce serait oublié la pratique de certains journalistes qui consistent à ajouter au nom du candidat une particule pour le présenter comme prétentieux. Ce serait aussi oublier que la critique contre toute forme de dysfonctionnement du monde médiatique de sa part est immédiatement qualifiée par certains de jalousie, cette jalousie que l'on renvoie aussi à la figure des plus pauvres d'entre nous lorsqu'ils ont le malheur de critiquer les inégalités dont ils sont victimes.

Si nous exprimons notre colère face à une telle situation, ce n'est pas pour défendre ce candidat qui y parvient très bien lui-même, c'est parce qu'un tel manque de déontologie journalistique détourne les électeurs des débats sur le fond des programmes. Pour quelles raisons? Aurait-on à ce point peur du succès de certains candidats qu'il faudrait éviter que les électeurs s'intéressent à leur programme?

C'est ce qu'il est possible de penser lorsque l'on observe la récente campagne de presse mensongère orchestrée contre Arnaud Montebourg au sujet de ses cotisations PS afin de l'assimiler au cas inadmissible de Vincent Peillon dans ce domaine. Cette campagne montée de toute pièce sur la base des déclarations du député vallsiste Christian Bataille repose sur la confusion volontaire entre les désirs arbitraires du Trésorier du Groupe socialiste à l'Assemblée et les cotisations au parti socialiste. La Haute autorité a beau avoir démenti ces accusations en la personne de son président Thomas Clay, le mal est fait et certains journaux pourtant d'habitude scrupuleux comme les inrocks reprennent l'information sans la vérifier. Sommes-nous en train de sombrer dans une campagne à l'américaine dominée par la post-vérité?

Emmanuel Macron est entré dans le gouvernement de Manuel Valls en 2014 en tant que Ministre d'ouverture. Venu de la droite libérale, sa nomination au ministère de l'économie à la place d'Arnaud Montebourg avait pour objectif d'organiser un basculement des alliances de gouvernement de la gauche vers le centre et la droite au nom de la théorie des gauches irréconciliables.

Depuis quelques mois, Emmanuel Macron a quitté le gouvernement afin de ne pas avoir à assumer le bilan économique qui est le sien (un million de chômeurs supplémentaires en moins de cinq ans) et pour lequel Manuel Valls lui avait donné carte blanche n'ayant pas les compétences nécessaires pour imaginer une projet économique original et adapté au monde d'aujourd'hui.

Son rôle prépondérant dans la mise en oeuvre d'une politique fiscale défavorable aux classes moyennes et populaires, ses préoccupations presque exclusives pour les plus riches d'entre nous, ses relations personnelles avec des représentants de la droite traditionnelle comme Philippe de Villiers, sa laïcité à géométrie variable, son point de vue élogieux sur le bilan de Margaret Thatcher et sa proximité avec le Medef, tous ces éléments classent de façon évidente Emmanuel Macron à droite. Il avoue d'ailleurs lui-même espérer une défaite de la gauche en 2017.

Ce qui est étonnant dans ces circonstances c'est que certains médias continuent à entretenir le brouillage idéologique apparu sous le mandat de François Hollande en classant Emmanuel Macron à gauche. On ne compte plus en effet les appels à participer à la primaire de la gauche adressés à Emmanuel Macron. Si certains d'entre eux relèvent de la naïveté, d'autres correspondent clairement à un plan de communication voire à une stratégie de placement produit.

En réalité, Emmanuel Macron aurait dû participer aux primaires de la droite mais cela ne correspond pas à sa stratégie médiatique qui relève de ce qu'il est possible de qualifier de libéralisme populiste. Cela consiste à présenter des mesures de droite défavorables aux classes populaires en les enveloppant dans une rhétorique de gauche qui prône la justice sociale. Le tout s'accompagne évidemment d'une critique de mauvaise foi des partis politiques traditionnels.

Ainsi Emmanuel Macron propose de supprimer les cotisations chômage et maladie afin dit-il de permettre aux bas salaires de voir leurs revenus augmenter. Mais il oublie de préciser qu'il remplacera ces cotisations par une augmentation de la CSG qui est un impôt sur le revenu plus qu'injuste car il n'est pas progressif mais aussi parce qu'il frappe les retraités en situation de dépendance. Une politique fiscale défavorable aux classes populaires est plus facile à vendre en la présentant comme une augmentation trompeuse du pouvoir d'achat des plus pauvres.

Un autre exemple de cette rhétorique est son discours sur le monde du travail. L'objectif d'Emmanuel Macron dans ce domaine est de proposer une baisse du salaire horaire des plus jeunes en la présentant comme un droit à travailler plus. C'est évidemment un mensonge car le passage de 35 à 37 ou 39 heures obligatoires auront surtout comme effet de permettre aux employeurs de rémunérer en heure classique ce qu'ils étaient obligés de majorer sous forme d'heures supplémentaires. De même, l'idée de permettre aux salariés démissionnaires d'obtenir les mêmes droits que ceux qui font l'objet d'un licenciement cache un projet de convergence des droits sociaux vers le bas.

Enfin, on ne dénoncera jamais assez la manipulation qui consiste à présenter le financement de son mouvement par des dîners mondains avec de riches hommes d'affaires français et étrangers comme une façon d'épargner les contribuables. Il faut savoir à ce sujet que tout candidat qui obtient plus de 5% aux élections présidentielles peut obtenir le remboursement par l'Etat et donc les contribuables d'une partie de ses frais de campagne. Emmanuel Macron n'échappe pas à cette règle...

En conclusion, l'absence de participation d'Emmanuel Macron à la primaire de la droite ne relève pas seulement de la lâcheté ou du refus de la démocratie citoyenne et participative dont témoigne son mépris pour ce type d'événement. Il relève surtout d'une véritable manipulation médiatique comparable à celle orchestrée aux Etats-Unis par Donald Trump. Faire croire aux plus pauvres d'entre nous que leur situation s'améliorera en prenant à ceux qui ont peu pour donner à ceux qui ont tout. Tromper le peuple est un art comme en témoigne la vidéo ci-dessous. Macron, c'est Fillon déguisé en Agneau!

 

Voir aussi notre article:

Grâce aux primaires, Hollande, Macron, Valls et Sapin n'échapperont pas à leur bilan!

et 

Soutenu par Macron, Attali et Juppé, un minier russe s'apprête à saccager la forêt guyanaise!

 

La Haute autorité a répondu à ceux qui ont tenté de l'instrumentaliser en prétendant qu'Arnaud Montebourg avait appelé les électeurs de droite à participer à la primaire de Gauche. La Haute autorité a avant tout souligné l'hypocrisie de ceux (François Rebsamen, Bruno Le Roux...) qui l'ont saisie sur ce sujet tout en ayant appelé à contourner les Primaires. Un coup dur pour le camp Valls... 

 

Le quinquennat de François Hollande débuté en 2012 se termine bien mal. Nous avions placé en lui de nombreux espoirs pour la France et pour la gauche mais la déception prédomine aujourd'hui. Il ne s'agit pas de rejeter en bloc ce qui a été mis en oeuvre pendant ce mandat. Le mariage pour tous, le tiers payant généralisé ou le décret Montebourg en faveur du patriotisme industriel sont d'indéniables avancées. La modernisation de notre société s'est cependant accompagnée d'un profond sentiment d'injustice en ce qui concerne la politique économique et fiscale. L´augmentation des impôts des classes moyennes et populaires et le bilan comparable à celui de Nicolas Sarkozy dans le domaine du chômage (plus d'un million de chômeurs supplémentaires depuis 2012) ne passent pas. Les électeurs de François Hollande qui ont vu leur pouvoir d'achat s'effondrer et leur situation professionnelle se détériorer ne pardonnent pas la trahison des promesses de campagne de 2012. Comment en est-on arrivé là?

Il serait trop facile d'imputer ce bilan à un seul homme. Il est le résultat d'un projet collectif issu des concertations entre quatre individus et leurs réseaux politiques respectifs: François Hollande, Emmanuel Macron, Michel Sapin et Manuel Valls. Il se résume en trois mots: "choc de compétitivité". Pour réaliser ce projet, ce quatuor social-libéral a pris une décision lourde de conséquences: alléger les prélèvements obligatoires sur les très grandes entreprises à hauteur de 80 milliards d'euros (CICE et Pacte de responsabilité) aux dépens de la fiscalité pesant sur les classes moyennes et populaires ainsi que sur les petites et moyennes entreprises. Dans le but de justifier cette politique économique en totale contradiction avec les promesses de campagne de 2012, il était dans un premier temps nécessaire d'éliminer ceux qui s'y opposaient et dont la présence au sein du gouvernement était ressentie comme une gêne. De fait, leurs revendications n'étaient pas compatibles avec les orientations budgétaires indispensables pour mettre en oeuvre le "choc de compétitivité" souhaité. La Ministre de la Culture Aurélie Filippetti fut donc renvoyée après avoir contesté une baisse historique du budget attribué à son ministère. Le Ministre de l'Economie Arnaud Montebourg écopa de la même sanction pour avoir trop bien défendu les intérêts de la sidérurgie française à Florange (Voir sur ce sujet l'excellent documentaire de Paul Moreira Danse avec le FN). On indiqua enfin à Benoît Hamon la porte de sortie pour avoir menacé de démissionner si le budget de l'Education nationale et de la Recherche n'était pas à la hauteur des projets à mettre en oeuvre. A l'intérieur du Parti socialiste, une véritable chasse aux sorcières eut lieu contre ceux qui osaient contester ce nouveau cours politique comme Gérard Filoche, Marie-Noëlle Lienemann et tant d'autres injustement qualifiés de "frondeurs". Afin de compenser la perte symbolique engendrée par ces exclusions, notre quatuor développa même un discours sur la nécessité d'un gouvernement d'experts dont un conseiller privé du Président Hollande devait être l'incarnation: Emmanuel Macron, énarque conformiste et pantouflard issu de la banque Rothschild et partisan d'une technocratie libérale bien éloignée du socialisme, fut nommé ministre de l'Economie. On l'autorisa à tenir un discours méprisant à l'égard de la gauche française au nom du nécessaire renouvellement de la vie démocratique. Il s'agissait en réalité de justifier une politique économique assez semblable à celle qu'avait mise en oeuvre Nicolas Sarkozy avec les mêmes conséquences prévisibles sur le plan du chômage.

Ce changement de cap ne pouvait être sans conséquence sur les alliances électorales. On imagina donc de remplacer la stratégie traditionnelle d'Union de la gauche chère au Parti socialiste depuis le Front populaire par celle d'une alliance au centre. Mais ce projet rencontrait une difficulté majeure: le leader centriste déçu François Bayou n'était pas prêt à coopérer et trouvait Macron beaucoup trop proche des milieux financiers et loin des attentes de la jeunesse (voir à ce sujet le point de vue de François Bayrou sur l'affaire des autoroutes). On envoya donc Macron en mission avec un objectif simple: réaliser en tant qu'ancien banquier une OPA sur les électeurs et les militants du parti de François Bayrou, le Modem. Ces intrigues constituent l'origine du mouvement En Marche que le gouvernement fit mine de désapprouver pour sauver les apparences auprès des militants socialistes tout en leur faisant avaler de nombreuses couleuvres.

L'idée était de rendre artificiellement puissant un mouvement politique centriste avant 2017 pour obliger les électeurs de gauche à le prendre en compte dans le cadre de potentielles primaires grâce à un chantage subtil: soit les primaires aboutissent à la désignation d'un candidat de l'aile droite du Parti socialiste capable de réaliser une alliance avec Macron soit le candidat désigné ne parviendra pas au second tour à cause de la concurrence de ce dernier. Il s'agit d'un coup de bluff magistral car Emmanuel Macron ne représente rien d'un point de vue électoral. Il n'est qu'une créature née de l'intrigue et sans légitimité démocratique. Faut-il s'étonner dès lors qu'il renoue avec de telles méthodes dans les Bouches-du-Rhône en passant des alliances avec les Guérinistes qui dévoilent toute l'hypocrisie de son discours sur le renouvellement démocratique?

Ces petits calculs politiques sont écoeurants par le mépris qu'ils présupposent à l'égard des électeurs français. 

Comment faire pour éviter le scénario catastrophe d'une confiscation des élections présidentielles de 2017? S'abstenir pour manifester son dégoût n'aurait pas d'autre conséquence que de faire triompher la droite qui prolongera indubitablement la politique économique dont nous souffrons depuis dix ans. Il est au contraire nécessaire de s'impliquer pour renvoyer Hollande, Macron, Sapin et Valls à leur bilan commun qu'il s'agisse du creusement des inégalités sociales ou de l'envolée du chômage. Cependant, il est aussi inévitable de construire un projet alternatif crédible face à ceux qui comme Emmanuel Macron proposent déjà un salaire minimum inférieur pour les jeunes ou un nivellement du régime d'indemnisation du chômage qui impliquerait à terme de considérer tout licenciement abusif comme une démission volontaire. Ce projet alternatif nécessite un minimum de cohérence économique. Proposer un revenu universel, un soutien renforcé à l'économie sociale et solidaire ou une relance du pouvoir d'achat des ménages serait au mieux contradictoire de la part de ceux qui préconisent depuis des années une austérité budgétaire étouffante afin de mettre en oeuvre leur inefficace "choc de compétitivité" (sur l'inefficacité de cette politique voir l'excellent article de l'économiste Daniel Cohen intitulé L'erreur économique de François Hollande). Pour financer de telles mesures, il faut rompre officiellement avec l'austérité et proposer un véritable changement de cap en France comme en Europe qui pourrait se résumer de la façon suivante: une relance du pouvoir d'achat des ménages afin de trouver des débouchés aux marchandises que nous produisons, une priorité donnée au financement des petites et moyennes entreprises créatrices d'emplois plutôt qu'aux allègements fiscaux favorables aux seuls grands groupes, un patriotisme économique européen bien compris plutôt qu'un libéralisme sans réciprocité, un Etat stratège capable de défendre les secteurs clefs de notre industrie et de promouvoir une véritable transition écologique plutôt qu'un Etat impuissant voué au culte du laisser-faire et enfin et surtout une politique ambitieuse dans les domaines de la Culture, de l'Education et de la Recherche.

Pour que tout cela soit possible, il faut rendre le parti socialiste aux socialistes en allant voter pour un candidat de l'aile gauche aux primaires des 22 et 29 janvier 2017 afin de permettre le retour d'une alliance rouge-rose-verte. Renvoyer Hollande, Sapin, Valls et Macron à leur bilan ne peut être qu'un premier pas avant de les renvoyer aux oubliettes de l'histoire politique de ce pays en leur infligeant une défaite à l'occasion de ces primaires.

Compléments:

Yannick Bolloré En Marche avec Emmanuel Macron, Laurent Mauduit, juillet 2016, Mediapart.

Emmanuel Macron, le candidat de l'oligarchie, Laurent Mauduit, juillet 2016, Mediapart.

 

AEAG s'était alarmé dans une récente contribution du risque de confusion que faisait courir la tenue d'un scrutin en plein état d'urgence. Nous considérons que les résultats de ce second tour nous donnent raison.

Malheureusement, certains habitants de la nouvelle région AURA se sont laissés séduire par les discours racoleurs "post 13 novembre" sur la sécurité et le débat régional a tourné en grande partie autour de problématiques qui ne concernent en rien les compétences de la région permettant ainsi un report massif des électeurs du FN vers le candidat de droite au second tour.

Le résultat de ce 13 décembre est un échec pour la liste menée par Jean-Jack Queyranne dans l'Ain comme ailleurs. Pourtant, les idées développées par notre candidat ne manquaient pas de pertinence. Penser la région à gauche demain ne pourra se faire sans référence à l'interview de grande qualité que ce dernier a donné à l'AGEFI le 1er décembre 2015 qu'il s'agisse de la contester ou au contraire de reprendre certaines idées à notre compte.

Ce qui a manqué en Région AURA comme ailleurs, c'est le sentiment de l'unité de la gauche. Trop de divisions et d'anathèmes ont marqué cette campagne. Il aurait fallu entendre le mécontentement des Français qui sont trop nombreux à penser que notre gouvernement s'éloigne de la mission qui lui a été confiée. Savons nous encore d'ailleurs ce que signifie le socialisme? François Mitterrand le définissait simplement en 1981 comme la lutte pour conquérir le temps de vivre pour les travailleurs. Les définitions les plus simples sont souvent les meilleures et celles qu'il ne faudrait jamais perdre de vue.

Il aura fallu à peine quelques heures pour que la question des attentats de Paris soit instrumentalisée à des fins électorales par les habitués de ce genre d'exercice de la droite dure à l'extrême droite. Difficile et même impossible pour l'instant de leur répondre en les ramenant aux véritables thèmes des élections régionales beaucoup plus prosaïques il est vrai: équilibre des territoires, développement économique, rémunération des agents de la région, culture partagée comme socle du vivre ensemble... Nous sommes tous en deuil.

En région Auvergne-Rhône-Alpes, la gauche est donc jusqu'ici condamnée à se poser par opposition à un Laurent Wauquiez qui semble avoir compris que le traumatisme national que nous vivons ne nous laisse pas beaucoup de temps à consacrer aux thèmes habituelles d'une campagne régionale. A gauche, nous le savons aussi. Nous nous égosillons donc pour condamner la mesure proposée par Laurent Wauquiez d'interner préventivement les 4000 fichés S dans un camp. Mais lorsque nous le faisons au nom du rejet absolu de l'état d'exception, nous risquons d'être condamnés à une certaine schizophrénie étant donné que les assignations à résidence temporaires que notre gouvernement vient de mettre en oeuvre correspondent à une privation préventive de liberté pour certains de nos concitoyens et que nous sommes en train d'ouvrir des centres de déradicalisation. Ne laissons cependant planer aucun doute: nous sommes contre l'idée de camps qui est d'un autre âge! 

Pour l'heure, nous vivons dans un état d'urgence imposé par le terrorisme qui correspond à une forme d'état d'exception. Nous avons besoin d'en débattre, de comprendre qu'elles doivent et peuvent en être les objectifs et les moyens en évitant les caricatures si fréquentes dans le cadre des campagnes électorales. La question centrale qui se pose à nous est la suivante: quels sont les moyens dont nous disposons pour lutter contre la radicalisation islamiste et comment peuvent-ils être utilisés?

Si l'opinion publique française n'arrive pas à prendre davantage de recul sur ce sujet complexe, il nous semble que le report des élections régionales est le seul moyen pour que ce débat se déroule sereinement sans vaine promesse et sans condamnation ambiguë. Sans cela, il est probable que nous serons non seulement privés d'une réflexion de fond sur ce sujet central mais aussi sur les questions essentielles relatives aux élections régionales.

A moins que ne survienne un sursaut démocratique afin de démontrer aux contempteurs de la République que l'état d'urgence n'est pas la fin de la démocratie! Nous le souhaitons profondément!

 

Jean-Jack Queyranne l'a dit et répété. Un projet politique pour la région Auvergne-Rhône-Alpes ne saurait être crédible sans un minimum d'équilibre des territoires. Ce principe d'équité qui est au coeur de son projet régional l'a même conduit à se fâcher avec les partisans les plus forcenés d'une autonomie lyonnaise sur le plan économique car elle priverait la région d'une partie du son budget et de sa souveraineté en la matière.

Faute de programme, Laurent Wauquiez a cru bon de jouer de ces divisions en affirmant de façon plus ou moins claire son soutien aux revendications du Grand Lyon. A l'en croire, il gouvernerait volontiers la région en bonne intelligence avec le maire socialiste de Lyon Gérard Collomb et serait prêt à accéder à ses demandes sur le plan économique. 

Seulement, abandonner le leadership économique au profit du Grand Lyon engendrerait nécessairement des déséquilibres aux dépens d'autres pôles de développements régionaux et des territoires ruraux en ce qui concerne la répartition des financements accordés par l'Etat. Qu'à cela ne tienne! Laurent Wauquiez ne semble pas gêner le moins du monde par cette situation et continue à promettre des lendemains qui chantent à tous ceux qu'ils rencontrent dans le cadre de ce qui ressemble davantage à un gigantesque miroir aux alouettes qu'à une campagne électorale. Mais qui serait le dupe de ces promesses de Gascons en cas de victoire de Laurent Wauquiez? Lyon? Les autres pôles économiques régionaux? Les territoires ruraux?

En réalité, c'est sans doute toute notre région qui souffrirait d'un tel résultat en décembre 2015. Voter pour Les Républicains c'est voter pour un parti traditionnellement hostile au principe de la décentralisation présenté tantôt comme un affaiblissement du dynamisme parisien dans la mondialisation tantôt comme une oeuvre purement inutile de rapprochement des citoyens et de leurs élus. Ce discours est particulièrement visible dans les ouvrages du député LR Pierre Lellouche mais transparaît aussi dans les propos de Laurent Wauquiez toujours prêt à présenter les projets régionaux comme des gaspillages.

Nous sommes pour notre part persuadés que l'honnêteté de Queyranne vaut mieux en matière de projets régionaux que les beaux discours de Wauquiez. Le dynamisme du Grand Lyon ne doit pas être pensé en opposition à celui du reste de la région car les métropoles ne sont pas des bases hors sol mais le reflet et l'adjuvant du dynamisme économique régional. Il nous semble que ce point de vue est en partie confirmé par l'interview de l'économiste Guillaume Duval que nous vous proposons ci-dessous.

Le contexte est favorable à l'antifiscalisme. Les journaux télévisés régionaux et nationaux passent en boucle le témoignage de retraités pris à la gorge par une nouvelle hausse d'impôt en ce qui concerne leur taxe d'habitation (voir vidéo ci-dessous). La nouvelle passe mal au moment même où le gouvernement annonce des baisses d'impôts pour les foyers les plus modestes.

Cela explique sans doute que 36% des électeurs affirment vouloir voter pour les élections régionales en fonction de considérations fiscales selon un récent sondage  Ipsos-Sopra Steria. Laurent Wauquiez, candidat tête de liste pour la droite aux élections régionales en Auvergne-Rhône-Alpes, semble avoir très bien compris l'avantage qu'il pouvait tirer de la situation. En l'absence de programme, ses premiers tracts ciblent le prétendu matraquage fiscal dont se serait rendu responsable le candidat de gauche et président de région sortant Jean-Jack Queyranne.

Cette stratégie tient à la fois de l'opportunisme et de l'enfumage. En effet, la région est une des collectivités territoriales qui jouent le rôle le moins important en matière de fixation des impôts à l'exception de la taxe régionale sur les certificats d'immatriculation (cartes grises) et de la modulation de la taxe sur l'essence (TICPE).

Qu'à cela ne tienne! Faute de programme, Laurent Wauquiez part en guerre contre le montant de ces deux taxes en région Rhône-Alpes en les présentant comme exorbitantes. Une rapide analyse de la situation montre pourtant que la gestion de ces deux taxes par l'actuelle majorité de gauche a été pour le moins modérée. Le prix du cheval fiscal en région Rhône-Alpes est en effet très proche de la moyenne nationale (43€/41€) et l'usage de la majoration de la taxe sur l'essence est équivalent à celui pratiqué dans 20 des 22 régions actuelles comme le montre les données officielles.

Cette diversion orchestrée par Laurent Wauquiez a un objectif évident: masquer le fait que la hausse de la taxe d'habitations dont sont actuellement victimes de nombreux français est la conséquence d'une mesure votée par la majorité de droite à laquelle il appartenait en 2008: la suppression de la demie part des veuves engagée par Nicolas Sarkozy. Face à cette situation, de nombreux députés socialistes ont tiré la sonnette d'alarme et ont été entendus par le gouvernement qui a décidé d'exonérer les victimes de cette mesure injuste afin de garantir une fiscalité cohérente.

Laurent Wauquiez qui promet demain moins d'impôts en région est donc celui qui a participé à les augmenter de façon injuste à l'échelle nationale et dont nous payons encore l'addition. Ce double discours laisse songeur. Il est sans doute tentant de détourner l'attention des électeurs dans une telle situation mais la Région Rhône-Alpes mérite mieux que cela: un véritable projet de territoire afin de rester la deuxième région la plus dynamique de France sur le plan économique tout en garantissant un maximum de justice sociale.

 #LesaugmentationsdimpotscestWauquiez

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